Les 8 jours de la traversée Fort-de-France - Port of Spain sont passés à une vitesse folle. Entre le boulot, l’entraînement au tir avec la Brigade de Protection et l’heure de sport quotidienne, je n’ai pas eu l'occasion de m’ennuyer. On a à peine le temps de reprendre le rythme de la mer qu’il faut déjà penser à préparer notre prochaine escale.
Et c’est ainsi que nous sommes arrivés à Port of Spain, capitale de Trinidad & Tobago, le 23 janvier 2008. Pas le temps de profiter du paysage, en ce premier jour d’escale je suis de service en tant qu’officier de renfort.
Mon rôle est d’assister l’officier de garde dans le bon déroulement de cette première journée toujours très dense : conférences, visites des hautes autorités à bord, déjeuner officiel, et bien sur l’accueil des invités au cocktail dînatoire. Outre les notables de la ville, nous avons reçu à bord la visite d’une invitée de marque, Miss Trinidad & Tobago, dauphine de Miss Univers.
C’était d’ailleurs assez marrant de voir les officiers élèves faire la queue sur le pont d’envol pour lui parler et la prendre en photo. Certains ont dû regretter ce soir là leur manque d’assiduité en cours d’anglais…
21h30, fin du cocktail. Me voilà enfin libéré de mes obligations et prêt à fouler du pied les rues de Port of Spain en compagnie de mes collègues de la soute à midship. Une grande carte de la ville est affichée à la sortie du bateau, avec des zones hachurées en orange pour les quartiers à éviter la nuit, et des zones hachurées en rouge pour les quartiers franchement chauds.
Cela correspond à peu près à la moitié de la ville, pas très rassurant tout ça. Une fois dehors, les chauffeurs de taxis sont là, à attendre les marins fraîchement débarqués, les poches remplies de dollars trinidadiens et prêts à tout claquer. Nous, on leur dit qu’on veut juste faire un petit tour à pied. L’un d’eux s’offusque : « Quoi mais vous n’êtes pas sérieux ?! C’est dangereux ici, montez plutôt dans mon taxi, je vous emmène là où on peut faire la fête ». On décline poliment la proposition et on passe notre chemin. Le chauffeur de taxi n’avait en fait pas tout à fait tort, ce soir là il y eu 8 agressions dont une à main armée : un des fusilliers-commandos du bord s’est retrouvé avec un pistolet sur la tempe. Heureusement, plus de peur que de mal, après avoir « discuté » avec lui le mec est reparti bredouille sans faire d’histoires.
Bref, on a très vite compris que rester à Port of Spain, ce n’était pas l’idéal pour profiter de cette escale. Ca tombait plutôt bien, puisque le lendemain nous avions réservé pour deux nuits dans un hôtel 5 étoiles à Scarborough, sur l’île de Tobago ! Avec un petit groupe d’officiers du bateau, nous sommes donc partis direction l’aéroport de la capitale pour atterrir à Tobago au terme de 25 minutes de vol. Si le paradis existe, c’est probablement là-bas qu’il se trouve… Nous arrivons à l’hôtel, en croyant rêver. Tout ce luxe, tout ce confort, c’est presque gênant. Quel contraste avec la pauvreté et la misère qui règnent à Port of Spain !
Après avoir bien profité des transats au bord de la piscine (on fait un métier difficile…), nous avons décidé de visiter un peu cette île si belle et de partir à l’aventure dans la forêt tropicale. La faune et la flore sont ici d’une diversité incroyable. Nous suivons Tony, notre guide, les yeux émerveillés
et l’appareil photo prêt à faire feu. Nous profitons de la route du retour vers l’hôtel pour nous arrêter et découvrir le mode de vie des gens d’ici. En dépit d’une très grande pauvreté, les gens sont généreux et très accueillants. Ils semblent vivre une vie paisible et simple, faite de petits commerces, d’agriculture et de pêches, sous le soleil des caraïbes qui brille tous les jours de l’année. Une pensée me traverse l’esprit : et si c’était ça, la vraie vie ?
Le lendemain, nous quittons l’île de Tobago pour rentrer au bateau. Ce retour avait un arrière goût de retour de vacances, on serait bien restés là bas quelques jours de plus. Mais hauts les cœurs, l’escale n’est pas terminée ! Nous avions demandé à Ted, notre chauffeur de taxi, de nous préparer pour cette
dernière journée une grande balade dans les montagnes de Trinidad.
Ce fut une journée tout simplement magique… Après 1h30 de voiture à travers les petites routes de montagnes, nous arrivons dans la réserve naturelle ASA Wright de Trinidad, pour en prendre une fois encore plein les yeux. Nous sommes ensuite repartis en longeant le front de mer pour finalement faire halte sur une des plus belles plages de l’île. Enfin, pour finir cette journée en beauté, nous nous sommes arrêtés à Maracas Bay, un quartier populaire en bordure de
mer, pour y manger un succulent sandwich au requin.
Nous avons quitté l’île de Trinidad le 28 janvier, la tête pleine de merveilleux souvenirs. Maintenant, il est temps de penser à la prochaine escale, très largement attendu : Rio de Janeiro ! Avant de découvrir la frénésie brésilienne, il nous faudra affronter 14 jours de mer un peu agitée (quel rabat-joie ce météorologue !), ainsi que le fameux passage de la Ligne, le 3 février… J’aurai l’occasion d’y revenir dans un prochain épisode au cours de la traversée, sachez juste que pour un marin, le tout premier passage de l’hémisphère nord à l’hémisphère sud à bord d’un bâtiment de la Marine Nationale est un moment très particulier…
A bientôt,
Etienne Et Nicolas
A propos de l'auteur:
Nicolas Mas [EFREI 2007] codirige depuis 2006 ConceptSL, cabinet de conseils spécialisé dans le Web 3D et les Mondes Virtuels avec Yohan Launay [EFREI 2006].
Etienne Debray [EFREI 2007] Etienne Debray, Président EFFOR [2005-2006], rendu à la vie civile après un an comme officier transmissions & télécommunications sur le porte hélicoptère Jeanne d’Arc est actuellement ingénieur d’affaires dans une société d’ingénierie en systèmes embarqués.